Introduction
"Je voudrais aider mes enfants, mais j'ai besoin de revenus pour vivre ou organiser ma fin de vie." Cette phrase, les conseillers patrimoniaux l'entendent régulièrement. La peur de se retrouver dépendant financièrement de ses enfants freine de nombreuses personnes dans leur démarche de transmission.
Pourtant, il existe des solutions juridiques et patrimoniales qui permettent de transmettre — parfois de manière très significative — tout en conservant la jouissance de ses biens et le contrôle de sa situation financière. Voici les principales.
Le démembrement de propriété : le principe
Usufruit et nue-propriété : c'est quoi ?
La propriété d'un bien se décompose en deux droits distincts :
- L'usufruit : le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus (loyers pour un bien immobilier, dividendes pour des titres financiers)
- La nue-propriété : le droit de disposer du bien (le vendre, le donner ou le transmettre), sans avoir le droit de l'utiliser ni d'en percevoir les revenus tant que dure l'usufruit.
Le démembrement consiste à séparer ces deux droits et à les attribuer à des personnes différentes. Le donateur conserve l'usufruit et transmet la nue-propriété à ses enfants.
Ce que vous conservez
En conservant l'usufruit, vous continuez à :
- Habiter votre bien immobilier ou percevoir les loyers
- Percevoir les dividendes ou intérêts de vos placements
- Gérer votre bien (avec certaines limites imposées par le droit)
Ce que vous transmettez
Vos enfants ou petits-enfants reçoivent la nue-propriété, c'est-à-dire la propriété future du bien. À votre décès, l'usufruit s'éteint automatiquement et ils deviennent pleinement propriétaires — sans droits de succession à payer sur la valeur de la nue-propriété.
C'est le principe du démembrement : transmettre aujourd'hui à moindre coût fiscal, tout en conservant l'usage du bien jusqu'à votre décès.
L'avantage fiscal du démembrement
Une valeur réduite pour calculer les droits
Lors d'une donation en nue-propriété, les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété — et non sur la valeur totale du bien. Cette valeur est déterminée selon un barème fiscal qui dépend de l'âge de l'usufruitier (article 669 du CGI).
| Âge de l'usufruitier | Valeur de l'usufruit | Valeur de la nue-propriété |
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Exemple : vous avez 65 ans et souhaitez transmettre un appartement valorisé 300 000 €. La nue-propriété est évaluée à 60 % de la valeur du bien immobilier, soit 180 000 €. C'est sur cette base que les droits de donation seront calculés — une économie substantielle.
Les autres solutions pour donner en gardant le contrôle
La donation avec charge
Vous donnez un bien ou une somme d'argent en imposant au bénéficiaire une obligation précise comme vous verser une rente viagère, prendre en charge vos frais de santé, assurer l'entretien d'un bien... Cette solution garantit votre sécurité financière en échange de la donation.
La donation-partage avec réserve d'usufruit
Vous organisez la transmission de votre patrimoine entre vos héritiers de votre vivant, tout en conservant l'usufruit de l'ensemble des biens donnés. Vos revenus ne changent pas, mais votre succession est déjà réglée.
Le contrat d'assurance vie avec la mise en place de rachats progressifs
Vous alimentez un contrat d'assurance vie et désignez vos bénéficiaires. Le capital leur sera transmis à votre décès, en bénéficiant des abattements spécifiques à l'assurance vie. Entre-temps, vous pouvez effectuer des rachats partiels pour compléter vos revenus si besoin.
La société civile (SCI, holding familiale)
Pour les patrimoines importants, la création d'une structure juridique dédiée (SCI, société civile de portefeuille) permet d'organiser la transmission progressivement, tout en conservant le contrôle de la gestion via la gérance.
Les précautions à prendre
Une donation, même avec réserve d'usufruit, est en principe irrévocable. Il est essentiel de réfléchir en amont à tous les scénarios (mariage d'un enfant, divorce, difficultés financières...) avant de prendre une décision.
L'accompagnement par un conseiller spécialisé — et, pour les donations notariées, par un notaire — est indispensable pour sécuriser l'opération et s'assurer qu'elle correspond bien à vos objectifs.
FAQ – Questions fréquentes
Puis-je reprendre ma donation si ma situation financière se dégrade ?
Non. Une donation est irrévocable sauf cas très particuliers (ingratitude, non-exécution des charges). C'est pourquoi il est essentiel de ne donner que ce dont vous n'avez pas besoin pour votre propre sécurité.
Que se passe-t-il si mon enfant vend le bien dont j'ai l'usufruit ?
En principe, le nu-propriétaire ne peut pas vendre le bien sans l'accord de l'usufruitier. Si la vente a lieu, l'usufruit se reporte sur le prix de vente, que vous conservez ou qui est remployé dans un autre bien.
La donation avec réserve d'usufruit est-elle avantageuse pour tous les types de biens ?
Elle est particulièrement efficace pour les biens immobiliers locatifs et les portefeuilles de valeurs mobilières. Pour la résidence principale, elle peut s'avérer plus complexe à gérer si un déménagement est envisagé.
Conclusion
Donner tout en gardant le contrôle, ce n'est pas une contradiction : c'est une stratégie patrimoniale réfléchie et bien documentée. Le démembrement de propriété, en particulier, offre un cadre idéal pour transmettre progressivement tout en maintenant son niveau de vie.
Chez ASAC-FAPES, nous vous aidons à construire la stratégie la plus adaptée à votre situation, en tenant compte de vos besoins immédiats et de vos objectifs à long terme.
Prenez rendez-vous avec un conseiller pour construire votre stratégie de transmission sur mesure.

